Silent Hill [Critique]


Christopher Gans n’a pas menti en affirmant que Silent Hill serait fidèle à la série de Konami. On pourrait ainsi dire que la symbiose entre le jeux-vidéo et le cinéma a enfin commençé. Néanmoins, le film ne tient qu’à cette idyllique reconstitution, ce qui contentera ceux pour qui Silent Hill est devenu une bible. Quant aux autres, les nouveaux venus, leur plaisir risque fort d’être divisé, puisqu’au delà de l’expérimentation technique, le film n’assume que le rôle d’une illustration soignée et expérimentale, sans ne jamais réellement dépasser ce niveau.

Longtemps attendu au tournant, l’adaptation de Silent Hill au cinéma était une évidence. Cela ne s’est pas fait sans appréhension, surtout lorsque l’on a conscience des productions sulfureuses et minables qui naquirent des jeux-vidéo ces dernières années. Christopher Gans prend donc une lourde responsabilité en adaptant un monument de cette envergure, revenant à la source même d’un problème récurrent dans le processus d’adaptation: un manque de respect global de l’oeuvre.

Prenant finalement à contre-pied tout ce qui a pu être fait, Christopher Gans opte pour une fidélité minutieuse, s’efforçant ainsi de ne pas trahir ce qui avait fait le succès de la série. Peut-on dire qu’il a réussi son pari? La réponse est mittigée. Si sur le plan plastique Silent Hill est une réussite quasi-totale (photo magnifique, décors crédibles, mouvements de caméra atypiques…), la restranscription n’est pas toujours bien sentie: la faute à une intensité psychologique plus anecdotique, ainsi qu’à certaines libertés entreprises (modification du scénario d’origine, trop d’éléments dévoilés) , qui gageons-le, sont parfois d’assez mauvais goût. Gans est avant tout un technicien et un esthète talentueux, à qui manque encore une sensibilité plus pointue.

Pour le coup, le réalisateur n’a pas pris de risques énorme et pompe allégrement tous les épisodes de la série: la trame du première épisode, puis quelques clins d’oeil aux autres épisodes. On se contentera aussi des sublimes musiques, directement importées des jeux, bien que quelques composition exclusives pour le film fussent été la bienvenue.

Au même titre que les jeux, il est important de remarquer que Silent Hill est construit sur trois mondes successifs : la réalité, la ville embrumée (premier monde paralèlle) , puis les ténèbres (second monde paralèlle). Dans ce dernier univers, Gans fait preuve d’ingeniosité sur la trame sonore, prenant alors une allure expérimentale et trés réussie. Cependant à défaut d’essayer de retrouver la hantise si particulière de Silent Hill, à savoir tout ce qui en fait sa force psychologique, il fait dans le spectaculaire. Si ces moments ajoutent du piment à l’histoire, il faut bien admettre qu’ils n’ont rien d’anthologique comme on l’aurait vraiment souhaité. Là où le film vise juste, en revanche, c’est dans cette relation qu’entretient la mère avec sa fille, instants de rare sensibilité. Subtilités retrouvées dans la quête annexe du père, qui tente d’élucider par lui-même dans quel enfer s’est engagé sa famille. Si en fin de compte ce choix scénaristique allourdi le rythme et éloigne le film du monde vidéoludique, il est porteur de nombreuses idées remarquables, amenant à une conclusion des plus réussies, sans grandes ressemblances avec l’orgie finale qui me laisse encore perplexe (était-elle vraiment nécessaire?).

Au delà de ces quelques détails, le plus gros défaut de Silent Hill en définitif, c’est d’être trop impliqué dans le registre vidéoludique, ce qui l’empêche de s’accaparer suffisamment de personnalité pour ainsi devenir autonome. S’il satisfait les inconditionnels, qui ne peuvent que succomber nostalgiquement à tant d’influences à la série, l’expériences est clairement pénible pour ceux qui ne recherche qu’un simple film d’horreur: Silent Hill ne fait pas peur en soi, n’atteignant qu’à de trop rares moments tout le génie qui a donné ses lettres de noblesse à la série. Et même si les ajouts scénarisitiques autour de la secte de silent hill sont louables, ils ne convainquent guère sur la pellicule. Néanmoins, on apprécie le soin porté à cette oeuvre, pourtant entachée de quelques maladresses désolantes ( une incrustation de l’image de synthèse parfois malhabile, un rythme lent, un bestiaire apparaissant souvent ridicule sur l’écran…).

Jolie maquette filmique du jeu ainsi que prologue suffisant pour qui projette de découvrir cette formidable série dans l’avenir, Silent Hill, vous l’avez compris, reste une adaptation plus qu’un film. Gans s’est apparamment trop reposé sur la magnifique et précieuse matière d’origine, sans réussir la transcander, ni la faire évoluer correctement pour le cinéma. Certes, même si nous en attendions plus, à aucun moment le réalisateur ne se moque de son public: ses ambitions sont respectueuses, et qu’elle convainquent ou non, le film n’apparaît jamais comme mauvais. On parlerait plutôt d’un inaboutissement frustrant, la faute à un manque d’habileté général, ce qui l’écarte hélas du chef d’oeuvre espéré.

Jim-lion


Requiem for a dream [critique]

Daren Aronofosky signe avec Requiem for a Dream une oeuvre singulière. Anxieux d’apporter une immersion crédible dans le monde de la drogue, il démultiplie les audaces et les trouvailles visuelles jusqu’à l’excès. Un choix pertinent car rarement l’excès n’a eu si bon goût…

Requiem for a Dream serait à percevoir comme une expérience authentique, un sorte d’ovni cinématographique qui aligne les effets de style de manière presque systématique. Un parti pris particulier qui aurait pu rendre le film indigeste à force de forcer sur les split screen, le montage alterné, les plans à répétitions (pour simuler la routine) et les autres effets graphiques nés du clip musical.

Pourtant la non gratuité et la cohérence générale de ces effets est l’une des raisons de ce succès, puisque Aronofosky arrive à rendre son film intelligemment conceptuel. Requiem for a Dream acquière de ce fait une puissance émotionnelle impressionnante grâce à un montage finement travaillé qui renforce l’immersion comme aucun autre film n’a su le faire auparavant (à ma connaissance). N’oublions pas de préciser que le réalisateur se penche sur un sujet délicat, à savoir l’aspect néfaste des drogues et des autres addictions, en le traitant avec un respect admirable, entraînant le spectateur sans peine dans une descente aux enfers tragique. Rien à redire, Aronofosky est irropréchable dans ses choix.

Si le montage est le facteur premier de cette réussite cinématographique, on aurait tort de ne pas mentionner la bande originale composée par Clint Mansell qui amène le film à des sommets de virtuosité. Dans le cas présent, elle s’impose comme un élément essentiel: à la fois mélancolique et rythmique, sa maestria se répercute sur le montage pour finir sur une apothéose finale redoutable de beauté et de gravité.

En fusionnant toutes ces qualités, Aronofosky arrive à donner au final un cachet unique à son oeuvre qui prend l’allure d’une installation artistique fichtrement intelligente. Le réalisateur maîtrise totalement son sujet et amène le spectateur là où bon lui semble, pour lui faire vivre une expérience cinématographique puissante, poignante et unique. Comment peut-on lui reprocher quelque chose alors?


Croquis 1

Bien un mois de disette mérite son lot de croquis.

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4ème Fête Genevoise des ONG 2010 [...]

Venu au renfort de Village Suisse ONG, mes services ont permis la création d’un visuel plus soigné pour l’événement. Le destin a même voulu que le travail s’empare de la ville en grignotant quelques parcelles vierges d’un bus. Une manière pour moi de me confronter à un très grand format. (F12) Je vous laisse découvrir le résultat de ce travail plutôt engagé.


Bande Annonce Cinématou 2010

Second travail d’animation, cette fois-ci sous la houlette de l’illustratrice Hannah Sommer, il nous fallût composer un teaser en papiers découpés se basant sur des animaux, lieux et actions tirées au hasard. Sur les cinq propositions retenues, voici la nôtre.

Gorille-fourmi, bande annonce Cinematou 2010, réalisée par les élèves de la HEAD, Genève

Auteurs: Liger Boris, Roura Jimmy


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